Berlin, la ville de toute une histoire dans l'Histoire. Souvent aussi une vieille histoire pour bien des personnes.
Marlène et Hildegard ne sont pas les seules à y avoir laissé une valise...
Mon premier séjour à Berlin (Ouest) remonte à octobre 1971. Autant vous dire qu'à l'époque l'ambiance y était plutôt tendue. En 1972 ou 1973, les contacts avec les
Vopos n'étaient guère encourageants- et ce en dépit du
Traité que venaient de signer les quatre puissances alliées et occupantes.
Ce Traité était censé aussi assouplir les relations entre Berlinois - on notait bien de légers progrès pour les
Westberliner, mais on était loin d'un dégel, et encore moins d'une normalisation, la tolérance étant à sens unique!...
En qualité de voyageur-visiteur non-allemand régulier des deux moitiés de Berlin, on ne savait jamais très bien à quoi s'en tenir. Un sourire ou une remarque malvenue - et on avait droit à une visite dans l'enfer des chicanes, du style deux ou trois heures de fouille en règle avec interrogatoire. Les miroirs sous la caisse de la voiture, bref "
volles Programm"!
Le ton rude et irrespectueux qu'employaient bien des Vopos avec les personnes âgées et retraitées (donc devenues une charge pour la société socialiste à visage humain!) était profondément choquant. Ces zombies en uniforme se permettaient d'humilier par de multiples vexations (ex: vider les valises sur le tapis) des personnes âgées qui auraient pu être leur grand-père ou leur grand-mère.
Agissaient-ils sur ordre ou au nom de convictions politiques? Un peu des deux, sans doute. Nous en fumes témoins plusieurs fois à
Friedrichsstrasse.
Il y avait aussi le passage par Check Point Charlie, à l'angle de la Friedrichstrasse et de la Kochstrasse:
vue depuis Berlin Est
Quelles séances de tire-gueules! En 1983 nous y fumes témoins (oculaires) d'une tentative de
Republikflucht, "fuite de la république": comment dépeindre le branle-bas de combat déclenché par les sirènes, les Vopos courant à toute allure derrière deux fugitifs, plaqués au sol à moins de dix mètres de la liberté ? Certes il n'y eut pas un coup de feu cette fois-ci, mais je ne puis m'empêcher de repenser à ces deux malheureux et aux mauvais traitements qui les attendaient dans les
geôles de la Stasi...
En 1973, voulant me rendre de Berlin à Hambourg par la Bundesstrassse et non par la
Transitstrecke de Hanovre, je me suis vu braquer à la mitraillette par un Vopo planté devant ma Citroën GS:
"
Die Bundesstrasse nach Hamburg ist für Ausländer gesperrt, kehren Sie sofort um!"
C'était évidemment non négociable...
Tout ces fragments de vécu d'avant 1989 sont bien loin, "
die Mauer ist weg" und "
es ist gut so", comme on dit par ici...
Depuis le 29 décembre 2011, Berlin-Charlottenburg compte deux habitants "
angemeldet" de plus, deux de plus parmi les environ douze mille citoyens berlinois originaires de France. Cette fois, c'est du durable.
Avec un gros calin en souvenir de Knut...